Samedi 8 novembre 2008

13è SALON DU LIVRE DE LA PLUME NOIRE

 

Gilles D. PEREZ

 

Lauréat du

PRIX  SENGHOR  DE  LA  CREATION  LITTERAIRE

PREMIER  ROMAN 2008

 

 

Déclaration du Jury

 

Distinguer et promouvoir des écrivains d'expression française débutants qui ont réussi à créer, en utilisant la langue qu'ils ont en partage, « des œuvres de Beauté », rythmées de leur vie propre, chargées d'humanité,  expressives d'un langage neuf et d'harmonies originales : en se fixant un tel objectif, le « Prix Senghor de la création littéraire » souhaite rendre hommage au « poète-président » sénégalais et à son oeuvre.

 

Léopold Sedar Senghor a en effet toujours encouragé la création artistique et pensé que les Arts et les Lettres avaient vocation particulière à exprimer l'humaine condition.

 

C'est de cet humanisme, soucieux du respect des différences mais impatient d'universalité et de convergence dans la fraternité, que se réclame finalement ce Prix. C'est de ce Messager de bon augure qu'il entend perpétuer la mémoire.

 

Rappelons que ce prix est à l'initiative de la « Plume Noire » présidée par Dominique Loubao que nous saluons.

 

Parmi les livres qui ont retenu l'attention du jury :

 

Son choix s'est porté sur 3 romans :

-          La promesse faite à ma sœur de Joseph de Ndwaniye (éd.Les Impressions Nouvelles)

-          L'enfant qui maudit Dieu de Jean-Moïse Braitberg  (éd. Fayard)

-          Le goût des abricots secs de Gilles D.Perez  (éd. du Rouergue)

           

Le jury tient à saluer le roman de l'écrivain belge d'origine rwandaise Joseph de Ndwaniye, La promesse faite à ma sœur de Joseph, un livre très attachant, un récit pudique, authentique sur un sujet tragique traité sans pathos. Avec un point de vue décalé par rapport à tout ce que l'on a pu lire sur le génocide rwandais.

 

Le jury a souhaité distinguer L'enfant qui maudit Dieu de Jean-Moïse Braitberg, auteur français vivant en Dordogne. Un roman maîtrisé avec de grandes qualités d'écriture et de drôlerie qui puise son originalité dans le regard qu'un enfant porte sur sa famille multiconfessionnelle

 

 

                                                                                                                      …/…

 

 

 

Après des discussions très animées, le jury a décidé d'attribuer le « Prix Senghor de la Création littéraire » à la majorité au roman Le goût des abricots secs de Gilles D.Perez, né à Casablanca, qui partage sa vie entre Paris et Buenos Aires.

 

Un roman  touche par sa force poétique, son universalité, et qui à travers l'expérience de deux hommes de génération différente aborde les thèmes de l'exil, de l'amour, de la folie, de la solitude, de la résistance à la barbarie humaine. Un livre porté par la musique de Schuman.

 

 

Le jury félicite le lauréat et souhaite longue vie au Prix Senghor de la Création Littéraire.

 

                                                                                                         

                                                                                              Fait à Paris le 10 octobre 2008

 

 

 

La Sélection 2008

 

-    Le Bus dans la ville de Yahia Belaskri. Vents d'ailleurs. 2008 (Algérie)

-          L'enfant qui maudit Dieu de Jean-Moïse Braitberg 2006. Ed. Fayard (France)

-          Exit Adonis de Nathalie Chaix. Bernard Campiche Editeur. 2007 (Suisse)

-          La rue de la soif de Grégoire Damon. ArHsens éditions. 2007. (France)

-          La dernière lettre de Salla Dieng. Présence Africaine. 2008. (Sénégal)

-          Compter jusqu'à cent de Mélanie Gélinas. Québec Amérique. 2008 (Québec)

-          Abreuvons nos sillons de Skander Kali. Ed. du Rouergue. 2008. (France)

-          La promesse faite à ma sœur de Joseph de Ndwaniye 2007. Les Impressions Nouvelles. (Rwanda)

-          Le goût des abricots secs de Gilles D.Perez  2008 (éd. du Rouergue)

-          Vorace de Anne-Sylvie Sprenger. Fayard. 2007. (Suisse)

 

 

Le Jury

Président d'honneur

M. Mohamed Aïssaoui, journaliste Le Figaro littéraire

 

La présidente

Mme Catherine Fruchon Toussaint, journaliste

 

Membres du jury

Mme Isabelle Colin - Conservateur en Chef de Bibliothèque

M. Louis-Philippe Dalembert – écrivain

Mme Isabelle Lemoine Présidente Ile de France Culture et Bibliothèque Pour Tous

Mme Marine Piriou - Enseignante-Chercheuse, University of Miami (FL, USA)

M. Jean- René Bourrel, - OIF (Organisation Internationale de la Francophonie)

M. Christophe Daniel, libraire à la 25è heure

 

 

Contact : Dominique Loubao - La Plume Noire  : 01 58 45 21 03 / 06 81 62 00 64

                   Tchisséka Lobelt – Promolivres  : 05 94 38 52 82 / 06 94 23 90 12

 

 
 
Par Marine Piriou - Publié dans : Edition
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Samedi 8 novembre 2008

Un pèlerinage obscure au cœur de l’hydre mafieuse

Article publié dans Cultures Sud / Notre Librairie, n°170, septembre 2008  

 

El Hadj[1], le dernier roman de Mamadou M. N’Dongo, nous plonge dans l’univers sombre et angoissant de la criminalité de la banlieue parisienne, un monde impitoyable où l’individu semble condamné à une double relégation à la fois par l’état et le communautarisme si prompt de la pègre. A travers l’œil du personnage éponyme – d’origine africaine comme l’ensemble des personnages du récit -, nous découvrons les valeurs et principes de ce milieu en constante mouvance. Son réseau tentaculaire nous embrasse puis nous immerge au sein d’une arborescence façonnée par de multiples rivalités, subordinations, alliances, et règlements de compte sanglants. Le réalisme saisissant des scènes et dialogues de l’œuvre ne serait d’ailleurs sans rappeler Le Parrain de Francis Ford Coppola par sa dimension élégiaque. Mais plus encore, El Hadj résonne dans l’esprit du lecteur tel un requiem.

 

Le livre se présente en effet sous la forme d’une poésie musicale à l’instar des titres de ses chapitres – Ainsi La Nuit[2], Ballade, Prélude, Rhapsodie, Nocturnes, Psaumes – qui se heurtent à la violence et la perversité de la Cité. Cette opposition se retrouve également aux niveaux structurel et textuel de l’œuvre : d’une scène post-mortem datée du 24 décembre, l’auteur nous projette sans transition dans le passé, à un moment qui s’avèrera le dernier point d’équilibre entre les différents clans filiaux ; s’en suit une reprise linéaire de la chronologie narrative jusqu’à l’excipit. Contrairement à l’ascendance analeptique qui met en exergue l’omnipotence d’un ordre hiérarchique stable, le second mouvement temporel du roman - descendant – matérialise littéralement une chute vers le chaos anarchique. L’auteur boucle le cycle narratif de son œuvre par une ultime description concise, brutale, dénuée de sentiment, laissant le lecteur à sa réflexion :

 

Je frappai à sa porte, il me souriait quand il ouvrit, mais quand il aperçut les deux hommes qui m’accompagnaient, il se mit à reculer, il allait prendre son arme quand il reçut la première balle, il tomba quand la deuxième atteignit son front. Alassane referma la porte, Vincent rangea son arme. Je pris la sacoche avec la scie électrique, et les bâches… Vincent et Alassane portèrent le corps dans la salle de bains, puis quittèrent l’appartement[3].

 

Cette scène conclusive, composée au premier abord d’une simple juxtaposition de micro-actes essentiels, sans fioriture, est en réalité bien plus métaphorique que l’auteur ne voudrait nous le faire croire. Cette note antépénultième du requiem, l’incipit sonnant ici le glas, synthétise la totalité de la substance romanesque : la confiance fait place à la trahison, l’amitié au fratricide, l’ordre ancien à une nouvelle ère. Sous la couverture d’un roman noir dont le lecteur serait lui-même l’investigateur, N’Dongo nous offre en fait une allégorie apocalyptique de l’existence humaine. Scindé par les pulsions archétypales d’Eros et de Thanatos, El Hadj, le protagoniste principal, semble en effet voué à une lutte perpétuelle pour survivre au cœur de cette nébuleuse mafieuse, chaque épreuve traversée le rapprochant un peu plus d’un hypothétique regain salvateur.

 

En somme, El Hadj est une œuvre singulière tant en termes d’esthétique que d’intrigue qui, strate après strate, invite le lecteur à s’interroger sur la dérive des valeurs sociales autrefois garantes de l’harmonie communautaire, et aujourd’hui si fragiles.

 

 

Marine PIRIOU



[1] Mamadou Mahmoud N’Dongo, El Hadj, Ed. Le Serpent à Plumes, Paris, 2008

[2] Henri DUTILLEUX, musique de chambre pour quatuor à cordes, 1976-1977

[3] Op. Cit., p.293

 

 

Par Marine Piriou - Publié dans : Publications
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D'un Je(u) à l'Autre

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Profil

  • : Marine Piriou
  • marine-piriou
  • : 21/04/1981
  • : USA Miami
  • : Alumna de Northwestern University (USA) et de La Sorbonne, je suis aujourd'hui Attachée d'Enseignement et de Recherche en lettres modernes à l'University of Miami-FL. EMAIL: piriou.marine@wanadoo.fr

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